Engage 2019 and le future de Domino

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Engage 2019 and le future de Domino

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Et voilà, le salon Engage 2019 est terminé. Cette année, beaucoup de rencontres avec des gens formidables, intelligents, intéressants et passionnés par ce qu’ils font.

Merci à eux pour tous les commentaires extrêmement positifs à propos de PickaForm! Cela donne beaucoup d’énergie pour continuer d’améliorer la plateforme et lui ajouter de nouvelles fonctionnalités.

Cette année était aussi très spéciale puisque c’était la dernière année où Domino est un produit IBM : nous attendions donc énormément de choses des conférences sur le futur Domino 11 de HCL.

Sur ce point, les sentiments sont mitigés : il y a eu des annonces et / ou des démonstrations intéressantes, mais aussi quelques interrogations quant au futur de la plateforme. Je m’explique.

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Cool stuff

– La stratégie annoncée par HCL est clairement de recentrer Domino comme étant une plateforme d’applications avec une composante email, plutôt qu’une plateforme de messagerie qui permet de créer aussi des apps. Même si c’était évident pour les développeurs, il était tout de même important de clarifier cela.

– Pour le développement web, et après de nombreuses années à vivre dans un écosystème fermé, le développement Domino s’est résolument tourné vers l’avenir en optant pour une intégration avec Node.js / npm et tous les frameworks javascript standards. C’est un important pas en avant qui pourrait contribuer à amener de nouveaux développeurs sur la plateforme (en passant par la porte de derrière)

– Il existe désormais un client iPhone/iPad pour les applications, et, cerise sur le gateau, la réplication locale fonctionne ! Cela enlève une douloureuse épine du pied aux nombreux clients qui se demandaient comment basculer leurs applications critiques sur mobile sans dépenser une fortune dans un long projet de modernisation de leurs apps.

– L’intégration prochaine d’un nouveau standard de formule – OpenFormula – pour créer des applications sans s’écarter des standards connus du marché. Au-delà de l’intérêt de s’aligner sur un standard, ce nouveau code pourra en plus être exécuté sur le client Notes, le client web… ou le serveur !

– Quelques petits ajouts sympathiques à LotusScript – en particulier l’objet HttpRequest – qui étendent le langage sans toutefois le révolutionner.

– La « dockerisation » de Domino qui rend possible des déploiements utlra-rapides, non seulement du serveur, mais également des applications comme PickaForm qui vivent dessus ! C’est vraiment la manière parfaite pour utiliser Domino comme un simple conteneur d’application (merci à vous, Thomas Hampel et Daniel Nashed de travailler là-dessus).

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Points inquiétants

Le succés mondial de Notes/Domino a été entièrement construit grâce à la simplicité de créer des applications sans être un développeur informatique. Rendez-vous compte de l’exploit : un non-développeur pouvait créer une application métier sans rien connaître aux bases de données, et cette application pouvait en plus se répliquer sur plusieurs sites et fonctionner en mode déconnecté sans aucun effort supplémentaire. Le tout de manière ultra-sécurisée.

Problème 1 : le low-code n’est pas au rendez-vous

L’ouverture du développement Domino avec Node.js est une excellente chose, mais elle semble à ce jour la seule stratégie qui ait vraiment avancé, au détriment des autres options. Je m’explique :

  • @Formula => peu de changement
  • LotusScript => peu de changement
  • XPages => rien de prévu pour le moment
  • Client javascript => pas de changement (et toujours inutilisable)
  • OpenFormula => peut-être dans 1 an

En quelques sortes, tous les éléments qui font de Notes/Domino une plateforme low-code n’ont pas bougé, et un client en version 9 n’aura pas de raison d’aller sur une version 10 ni sur une version 11 pour l’aspect low-code.

Pire : en mettant explicitement l’accent sur les nouveaux développements Node.js et leurs stacks complexes (Express, Passport, React/Angular/Vue, Redux, etc…), cela a clairement effrayé les participants non-développeurs avec lesquels j’ai pu discuter. Le message était donc plus ou moins : « formez-vous aux nouvelles technologies, vous aurez tout à y gagner ! »

Oui, sans aucun doute si l’on est un développeur professionnel, mais on le sait bien, beaucoup de nos clients ne sont pas des développeurs, mais juste des super-users qui adorent bricoler quelques formules simples et copier/coller quelques scripts.

Selon moi, tous ces clients seront laissés sur le carreau et rien n’est actuellement mis en place pour les retenir.

En parallèle, la présentation du produit HCL Leap a quelque peu brouillé les pistes quant à l’avenir du low-code sur Domino. En effet, les annonces faites l’année dernière par Richard Jeft et Jason Gary positionnaient le low-code comme une priorité pour Domino 11 puisqu’ils voulaient le mettre dans le Magic Quadrant du low-code dans les 5 années à venir. Mais un an plus tard, non seulement il n’y a rien de nouveau pour Domino, mais en plus HCL Leap est présenté comme la solution low-code de HCL. Il est donc difficile d’y voir clair en ce qui concerne la stratégie low-code pour Domino dans le futur.

Problème 2 : comment attirer de nouveaux clients ?

Si le low-code n’est pas renforcé, et si Domino n’est plus qu’une base de données NoSql dans une stack Node.js, quel serait alors l’avantage pour un nouveau client d’opter pour Domino plutôt que pour MongoDb ou CouchDb (qui supporte aussi la réplication) ?

Personnellement, je n’en vois plus qu’un seul : la sécurité de la base de données. Mais cet argument n’est hélas pas suffisant, car si les autres bases NoSql n’ont effectivement pas de sécurité intégrée directement, cela veut simplement dire que la sécurité est opérée une couche au-dessus.

Entre une base NoSql gratuite et une base Domino relativement chère, le calcul sera donc très vite fait pour un nouveau client qui n’a pas encore Domino.

En l’état actuel des choses, Domino ne peut pas convaincre de nouveaux clients n’ayant pas Domino pour :

  • un projet Node.js
  • une plateforme low-code moderne

Quels sont les nouveaux clients potentiels restants ?

Honnêtement, je ne vois pas… à part peut-être les nouveaux clients en recherche d’une plateforme no-code simple et rapide comme PickaForm et qui se moquent du back-end 😉

Problème 3 : le look&feel

IBM n’ayant rien investi dans la modernisation du client Notes durant quasiment les 15 dernières années, celui-ci est devenu le dinosaure que nous connaissons, et qui a offert aux clients – et à la concurrence – le droit légitime de se moquer de son look tellement « nineties ».

On aurait donc pu penser logiquement que la priorité absolue aurait dû être donnée à une chirurgie esthétique extrêmement radicale, à fortiori puisque c’est la seconde demande la plus populaire sur #dominoforever.

Hélas, la présentation du client Notes 11 montrait une « nouvelle » version simplement plus… bleue. Même boutons, mêmes icônes, même layout. Pour résumer : même problème ! Cela est non seulement impossible d’exciter un nouveau client avec ce look rétro-clunky, et impossible aussi de retenir ceux qui étaient sur le départ.

Aujourd’hui, tous les utilisateurs possèdent aussi un smartphone avec des apps dont l’ergonomie est toujours plus belle, inventive, polie, rapide, efficace… et il semble difficile de montrer ce nouveau Notes 11 sans un grincement de dent.

Ironiquement, l’exploit technique d’avoir réussi à porter les applications Notes sur iPad/iPhone rendent la chose encore plus criante quand on voit s’ouvrir notre bon vieux « Notes workspace » sur un bel iPad ultra-design ! Le mot qui me vient le plus à l’esprit est « anachronisme ».

Problème 4 : le licencing

HCL a donné les grandes lignes de son futur mode de licencing, en annonçant des prix similaires à ceux actuels et déclinés en deux approches :

  • licencing par serveur, avec nombre d’utilisateurs illimités
  • licencing par utilisateur

Néanmoins, la salle a tremblé quand HCL a évoqué un système de verrouillage des licences qui bloquerait l’authentification d’un utilisateur si le quota a été dépassé!

Heureusement, l’une des personnes de la salle est intervenu en mettant en garde HCL: contrôler les licences, oui, bloquer un utilisateur final… non! J’espère simplement que HCL aura bien entendu l’avertissement.

Avec le regain d’intérêt actuel pour Domino, il serait absolument fou de mettre tous ces efforts à terre à cause d’un système de contrôle aberrant.

D’autre part, il a été dit que les licences pour les environnements de développement resteraient gratuits, ce qui de toute façon est la seule manière possible de faire si HCL ne veut pas faire fuir sa communauté de développeurs.

A titre personnel, je regrette que HCL ne soit pas plus incisif sur le marché, en offrant par exemple la plateforme aux TPE jusqu’à 10 ou 20 personnes. Cela permettrait de générer un marketing massif pour la plateforme tout conservant le chiffre d’affaires de plus grands comptes.

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Conclusion

La stratégie low-code pour la plateforme Domino n’est pas du tout claire, le positionnement par rapport à de nouveaux clients potentiels semble toujours aussi compliqué, et enfin, le fait que le focus soit toujours mis sur la technique plutôt que sur le design pose un sérieux problème en terme d’image produit.

Néanmoins, à titre personnel, je reste complètement optimiste pour l’avenir de Domino pour plusieurs raisons :

– L’équipe HCL montre une très grande énergie à vouloir rénover et pousser la plateforme en avant et à l’intégrer dans un écosystème plus large avec Connections, Verse, HCL Leap, etc… quand on regarde l’offre de manière transversale et qu’on ne met pas uniquement le focus sur Domino, alors HCL dispose d’une très belle suite de produits extrêmement robuste face à la concurrence

– La vision de Jason Gary est clairement tournée vers les standards et l’ouverture. Si d’un côté, les anciens clients fidèles regretteront de ne pas voir évoluer leur langage favori (@Formula, LotusScript, XPages), il faut aussi reconnaître que ce sont ces langages non-standard qui ont enfermé la plateforme et l’ont rendue inaccessible pour des développeurs « non-Domino ». Se tourner vers Node.js et OpenFormula sont des donc choix absolument raisonnables, même s’ils sont douloureux pour tous les anciens clients « non-développeurs ».

– Domino n’a jamais eu autant d’énergie et d’évolutions que depuis le deal avec HCL, ce qui est absolument positif pour la plateforme. En tant qu’utilisateurs, nous voulons toujours que les choses aillent plus vite, mais il faut reconnaître que le travail accompli ces derniers mois a été incroyablement dense.

– Même si j’ai critiqué plus haut le look « clunky » des apps Notes sur iPad, la critique était facile : il faut réaliser non seulement l’exploit technique, mais également la valeur métier absolument immense que cela apporte en terme de mobilité. Et tout cela… à coût ZERO pour les clients.

– Le deal IBM / HCL est toujours en cours de finalisation, et il y a probablement encore beaucoup de choses dans les cartons qui n’ont pas pu officiellement être annoncées à Engage.

Quoiqu’il en soit, ce salon était vraiment extrêmement intéressant, les rencontres riches, et la communauté, bien que petite, vraiment exceptionnelle. Merci à tous ceux que j’ai pu rencontrer là-bas, c’était un plaisir de partager ce moment avec vous.

Bravo à Théo Heselmans pour l’organisation impeccable de l’évènement, la bonne humeur, et les endroits incroyables (cette année Autoworld) qu’il parvient chaque fois à trouver pour Engage ! A l’année prochaine !